Convertie en paix – Marie Mohammedi

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Convertie en paix – Marie Mohammedi

Souvent incompris, L’Islam est présenté comme une religion archaïque, violente, et de fait incompatible avec notre société française. Les préjugés, malentendus, fantasmes et vraies raisons de s’indigner s’entremêlent, occultant la liberté de croyance, l’ouverture et la tolérance.
Pourtant depuis les années 2000, le nombre de conversions à l’Islam en France ne cesse d’augmenter. Ses valeurs séduisent des personnes de milieux sociaux différents. Mais les convertis, sont souvent perçus comme des personnes faibles, endoctrinées ou manipulées. Cette vision négative touche particulièrement la femme, surtout lorsqu’elle décide de porter le voile. Elle parait tel un être soumis, dénué de toute réflexion et de bon sens. Plus que négative, cette vision devient réductrice.

Chaque femme ne devrait-elle pas pouvoir choisir la voie de sa propre émancipation ?

Si la place de la femme en Islam est aussi sombre qu’elle est présentée, comment expliquer alors que bon nombre de femmes n’ayant pas grandi dans cette culture religieuse, choisissent de devenir musulmanes ?

Beaucoup d’idées négatives circulent quant au statut de la femme en Islam (soumission, oppression, inégalité des droits…). Les interprétations infondées ou les traditions dominantes ne doivent pas servir de représentation générale. J’ai voulu donner la parole à celles que l’on entend jamais cette pluralité silencieuse de femmes musulmanes décomplexées, heureuses et assumant pleinement leur choix et leur foi.

 


 

Emilienne, 30 ans, artiste dissidente au sein d’un label, Bouc

EMILIENNE, 30 ans, artiste dissidente au sein d’un label, Bouches-du-Rhône.

D’origine africaine, l’aspect spirituel au sein de ma culture est très présent. Mais la religion dans laquelle j’avais grandi ne me correspondait pas totalement. Plus jeune, je m’interrogeais sur le sens de la vie et le monde qui nous entoure. J’étais particulièrement sensible et curieuse sur les questions théologiques et scientifiques. J’ai donc passé plusieurs années à faire des recherches dans ce sens et les textes coraniques me donnaient des réponses. Dans le Coran, il y a des centaines de versets sur la science sans aucune erreur ou contradiction. La science confirme même leur véracité au fil du temps. Avant ma conversion, j’étais un peu perdue et je m’évertuais à trouver ma voie. Malgré une vie sociale et professionnelle épanouie, je me sentais vide. L’Islam est venu combler ce manque que je n’expliquais pas.

Il y a de cela 3 ans. L’Islam m’a apporté paix, sérénité et stabilité. Plus j’apprends à propos de ma foi et de ma religion, plus elle est douce à mon cœur. Ma famille, qui appréhendais ce changement a toujours du mal à l’accepter, hormis ma sœur, qui s’est aussi convertie il y a 1 an.

L’Islam est aussi le socle de mon mariage et c’est la première fois que je me sens autant respectée par un homme. Contrairement aux idées reçues, cette croyance pose également un cadre juridique exemplaire, réaffirmant les droits et devoirs bien précis des époux l’un envers l’autre. Jamais je ne m’étais sentie aussi comblée personnellement ni socialement que depuis ma conversion. Il s’agit d’une religion d’unité, pacifique, non de conflit, et en tant que femme, j’y trouve la liberté et l’égalité. On se sent libre quand on est maîtresse de ses envies, de ses choix et détentrice de ses droits. La religion musulmane met la priorité sur la quête de connaissance, du savoir. Plus j’avance dans mes recherches et plus je note la différence avec ce que les médias dépeignent au quotidien. Il y a ce que l’Islam dit et ce que les musulmans font. À mon sens, on ne doit pas amalgamer la religion avec ses individus qui sont humains, et qui par nature font des erreurs. La femme a une place privilégiée en Islam. Ce statut ne correspond pas à l’interprétation et l’application erronées qu’en font certains; sexisme, misogynie… L’islam est une religion juste mais tous ces adeptes ne le sont pas forcément.

Enfin, je n’ai pas occulté ma culture africaine en choisissant cette religion. Elle me définit et me tient à cœur. Beaucoup de gens associent l’Islam aux personnes d’origines maghrébines. Or c’est une erreur, l’Islam est universel et il y a une grande diversité chez les musulmans qu’on ne met pas assez en avant.


 

Marion, 25 ans, éducatrice spécialisée, Isère . Enfant, je

MARION, 25 ans, éducatrice spécialisée, Isère.

Enfant, je posais beaucoup de questions. Les réponses que m’apportaient mes parents étaient pleines de maturité. De part les épreuves qu’ils ont vécus, ils me tenaient un discours adulte. Voilà ce qui a permis à l’innocence due aux enfants de mon âge de s’envoler. Il est important de savoir que mes parents ne croyaient pas en Dieu et rejetaient même toute forme de croyance. J’ai été élevée dans l’idée que les religions étaient des légendes, mais je restais convaincue de l’existence d’un Être supérieur. J’avais une profonde connexion avec la nature; j’aimais observer le ciel, les nuages, les étoiles, les arbres… Tout était si beau et si parfait, cela ne pouvait pas être le fruit du hasard.

Par le biais de rencontres, j’ai pu en savoir plus sur le Christianisme puis le Bouddhisme. J’éprouve le besoin de ressentir les choses pleinement, toutefois, cette plénitude n’est jamais survenue avec ces deux dogmes. A cette époque l’Islam n’était encore à mes yeux qu’une coutume étrange. J’ai grandi dans un quartier et les exemples autour de moi ne me donnait pas toujours envie d’en savoir plus. A l’occasion de ma rentrée à l’école d’éducateurs spécialisés, je me suis rendue à la librairie afin d’ acheter les livres nécessaires. Sans savoir pourquoi, quelque chose m’a poussé à acheter le livre d’Abd el Malik, Qu’Allah bénisse la France. Je l’ai dévoré rapidement. Je me retrouvais dans ces questionnements, lui aussi avait grandi dans un quartier… Cette lecture m’a donné envie de découvrir le Coran.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, il y avait comme deux lectures. Je lisais sans comprendre vraiment mais mon cœur lui se reconnaissait et était apaisé. Un soir dans ma chambre, je me suis convertie, j’avais 19 ans. J’ai ressenti une légèreté, un apaisement. J’étais sûre de mon choix. Au début c’était un peu abstrait, mais avec le temps j’ai commencé à prier et à apprendre ma religion. Les choses prenaient plus de sens. Tout me paraissait clair, sain, juste et l’Islam devenait mon indispensable guide. Petit à petit, je ressentais le besoin de me couvrir davantage et de me respecter. Avant j’avais constamment besoin qu’on me trouve belle. Puis la foi m’a appris à m’aimer telle que j’étais. Désormais, je n’ai plus le besoin du regard des autres pour m’aimer, seulement du mien. Cela s’est fait naturellement. Le voile me permet de me sentir plus connectée à Dieu.

La religion a réellement changé ma vie lorsque mon père est tombé gravement malade. C’est arrivé la dernière année de ma formation, durant laquelle je devais également présenter mon mémoire. J’étais effondrée mais ma foi m’a énormément aidée. J’ai compris à ce moment là le sens de s’en remettre totalement à Dieu. Lui vouer une confiance exclusive. j’ai compris que le bonheur résidait aussi dans l’acceptation de notre destin.


 

Emmanuelle, 31 ans, assistante maternelle, Hérault. Aussi loin

EMMANUELLE, 31 ans, assistante maternelle, Hérault.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours cru en Dieu. Je demeurais toutefois réticente quant à suivre une religion, car pour moi elles étaient source de guerres et de conflits. C’est au lycée que j’ai rencontré des amies qui, par leurs comportements et leurs explications m’ont donné envie d’en apprendre sur les religions monothéistes. Après avoir comparativement étudié les trois principales croyances, je nourrissais un intérêt grandissant à propos de l’Islam, sans pour autant avoir envie d’y adhérer. Ces recherches ont soulevé en moi énormément de questions et ont ébranlé beaucoup d’idées reçues que l’on m’avait inculquée. L’année précédant ma conversion, j’ai redoublé mes recherches spirituelles, après avoir connu des épreuves difficiles.

Je finis par embrasser l’Islam à mes 21 ans, après une profonde quête personnelle. Cette religion m’apaisait et m’a fait prendre conscience de ce que je voulais accomplir et délaisser dans ma vie. Ayant un très fort caractère et étant assez impulsive, l’Islam me donnait des clés pour me contenir, adopter un comportement convenable avec les gens et m’exprimer avec respect et intelligence. Non pas que j’étais irrespectueuse, car j’avais déjà des principes de vie, mais face à des inégalités, à des choses qui me portaient peine, je devenais rapidement virulente et manquais de dialogues.

Cela m’a aidé à me structurer, ne plus reproduire les erreurs passées et à me concentrer sur moi-même. L’Islam m’aide aussi à relativiser dans les situations difficiles. Les règles sont là pour m’aider. Je définirais vraiment cette religion comme la connaissance intérieure de soi. Je reste néanmoins très ouverte aux autres spiritualités. Je trouve beaucoup d’affinités avec la sagesse confucéenne ou la spiritualité japonaise par exemple. Je m’enrichis de jour en jour d’autres connaissances. Avec l’Islam j’ai également réappris à m’aimer et à aimer mon corps. Vivre à travers le regard des autres ne m’intéressait plus. Nous sommes toutes soumises à quelque chose, à la société, aux regards des hommes, de nos familles… Pour ma part j’ai choisi la religion. Le fait d’imposer un mode de vie ou de pensée à autrui est à mon sens, inacceptable, peu importe l’origine d’une telle pression. L’histoire montre indéniablement que la femme s’est battue pour des justes causes, notamment la liberté de choix. L’occident apporte certains droits aux femmes qui ne sont pas négligeables. Cependant, nous atteignons aujourd’hui la démesure. Chaque femme doit pouvoir avoir sa propre vision de la liberté et choisir ce qui est bon pour elle. J’ai choisi l’Islam comme une autre doit être libre de choisir un autre chemin.

Nous sommes des femmes, musulmanes, mais êtres humains avant tout; capable de penser, poursuivre des études, travailler, éduquer des enfants… Ce n’est pas notre manière de nous habiller qui doit changer quelque chose à ce qu’on peut apporter à la France et à chaque citoyen. La France est mon pays. Est-ce normal que je puisse me sentir «rejetée» parce que je ne montre pas mes cheveux ? La laïcité ne doit pas conduire à la xénophobie ou à l’abnégation de la religion. Elle est de fait vierge de toute croyance ou incroyance. A sa source, elle offre la liberté à chacun d’être ce qu’il désire sans différence de traitement dans le plus grand respect de tous.


 

Marine, 35 ans, cavalière et juriste, Hérault. Au départ c'

MARINE, 35 ans, cavalière et juriste, Hérault.

Au départ c’était plus une démarche de ma part vers la culture que vers la spiritualité. Lors d’un été que je passais avec un ami musulman et ses parents, j’ai voulu jeûner avec eux pendant la période de ramadan. Essayer de le faire m’a mis

dans un état spirituel totalement différent de tout ce que j’avais connu. C’était intense. A partir de là, j’ai vraiment commencé à penser à la religion, à m’y intéresser, à lire des livres. Je me suis convertie quelques années après, j’avais 21 ans. C’était avant les attentats de 2001; l’Islam n’était pas encore médiatisé et n’avait pas cette étiquette négative. Autrefois j’en parlais librement, aujourd’hui c’est devenu compliqué, il faut se justifier.

Ma conversion n’a pas été une rupture avec mon éducation religieuse mais simplement une continuité. J’étais une personne caractérielle et impulsive; je devenais de plus en plus calme, serviable et apaisée. Mes parents ont surtout eu peur de l’embrigadement… Mais après avoir réalisé que ce chemin m’était bénéfique, il l’ont mieux accepté. Je répète souvent à ma famille que chercher la solution la plus juste, la plus respectueuse et souvent la plus simple, est un des fondements de l’Islam ; blesser, mentir ou tricher nous en éloigne. La pratique est venue au fil des années. J’ai mis du temps à l’installer dans ma vie. J’avais besoin de poser et de comprendre chaque étape.

La foi entraîne une profonde modification intérieure. Notre manière de penser change, ainsi que nos ressentis. On tente d’acquérir cette bienveillance sur le monde qui nous entoure, sur les gens et on se montre reconnaissant pour tout ce que l’on possède. On délaisse peu à peu les futilités. La pratique est en quelque sorte mécanique; une gymnastique du corps, qui sans être nourrie par une gymnastique de l’esprit, du cœur, ne puiserait ni son sens ni sa force. Avant je me sentais toujours en décalage. Avec l’Islam, je me suis enfin sentie moi-même. C’était ma place. Ce que j’ai tout de suite aimé dans cette religion, c’est sa logique et l’exigence du bon comportement. Voilà ce qui détermine la valeur d’une personne. L’Islam nous pousse à éduquer notre âme et à rechercher constamment le savoir.

Pour moi les femmes musulmanes sont déterminées et ont beaucoup de caractère. Il faut du courage pour choisir un chemin de piété dans notre société et ne pas dévoiler sa sensualité à tout le monde. Pour moi, là réside la véritable beauté, dignité et liberté.


 

Natalia, 23 ans, mère au foyer, Haute-Loire On peut dire que m

NATALIA, 23 ans, mère au foyer, Haute-Loire.

On peut dire que mon existence commençait mal. Née au Brésil de parents atteints du VIH, j’ai vu mon père se faire assassiner et j’ai assisté à la déchéance progressive de ma mère, qui sombrait de plus en plus dans la drogue et l’alcool. J’ai été placée à l’orphelinat à l’âge de 6 ans et adoptée par une famille française à l’âge de 8 ans. Malgré l’amour inconditionnel de cette famille adoptive que je ne remercierais jamais assez, mes premières années en France furent difficiles. Je me sentais rejetée à l’école, mal dans ma peau et dans une souffrance immense.

Je plongeais à mon tour dans la drogue et l’alcool en espérant oublier ce passé trop lourd à porter. J’ai fait plusieurs tentatives de suicides. Ma vie était de plus en plus chaotique et mes parents se sentaient démunis. Je restais un peu réfractaire à l’existence possible d’un Dieu mais étant donné que mes parents adoptifs sont tous les deux bouddhistes, je leur posais beaucoup de questions et essayais de m’intéresser à leur spiritualité. Mais cela ne me parlait pas. Parallèlement, j’ai connu 2 musulmans qui sont devenus des amis. Avant leur rencontre, ma vision négative de l’islam reflétait les dires des médias. Non seulement je ne la connaissais pas mais j’en avais peur. Mais eux m’en parlaient avec beaucoup de beauté et m’ont fait découvrir cette religion.

Leur présence me faisait du bien. Une vidéo sur la fin des temps m’a particulièrement affectée. Pendant une semaine j’y pensais beaucoup. Un autre soir je regardais une autre vidéo avec eux. J’ai fondu en larme en ayant la sensation qu’un poids immense s’envolait. J’ai appelé ma mère en lui demandant si elle m’aimerait toujours si je devenais musulmane. Un peu surprise, elle me répondit que oui évidemment. Alors je me sentis prête. C’est ce soir là que j’ai décidé de me convertir. J’avais 16 ans. Je fus immédiatement apaisée. J’avais tant de questions et l’Islam y répondait. J’ai compris et accepté beaucoup de choses en me convertissant.

Mon comportement a radicalement changé. Je réapprends à vivre au lieu de m’acharner à me détruire. Ma mère à tout de suite remarquait le changement positif. Elle était très heureuse car jusqu’à ma conversion, aucun médecin, ni traitement n’avaient réussi à me guérir de ce mal de vivre.
L’Islam m’a sauvé et libéré de ma colère. Ce fut un moteur puissant vers la guérison. Il m’a apporté de l’amour. Je trouve beaucoup de réconfort dans la prière et la religion. Je suis moins hantée par mon passé, ce n’est plus un fardeau. Je suis plus en paix.

Aujourd’hui, je suis marié avec un converti, j’ai 3 enfants et je suis heureuse. Parallèlement, j’ai décidé de reprendre mes études. Évidemment je traverse encore parfois des périodes difficiles mais l’espoir revient toujours grâce à ma foi.

Je ne pouvais pas trouver mieux que l’Islam et j’aspire aujourd’hui à transmettre ce trésor à mes enfants. Si je devais leur laisser une seule chose, ce serait cette quête de paix intérieure à travers l’amour de Dieu. On ne peut plus se sentir seul quand on a cet amour là.


 

Sandra, 36 ans, mère au foyer, Loire. “ Elevée à l'orpheli

SANDRA, 36 ans, mère au foyer, Loire.

Élevée à l’orphelinat, dans un contexte Catholique, j’ai toujours cru en Dieu et ma culture religieuse est très marquée. Je me rendais souvent à l’église lors des messes ou d’autres occasions.

Enfant déjà, j’étais impressionnée par l’aura des religieuses. Cette force commune aux personnes fermement croyantes, dévouées et confiantes envers l’avenir et le destin.

Ma conversion remonte peu de temps après mon divorce, il y a deux ans de cela. J’étais à cette époque, déjà mère de quatre enfants. La fille aînée de mon ex mari s’était convertie avant notre séparation et je discutais souvent de cette étape avec elle. Parallèlement, je fréquentais des mères de familles musulmanes à l’école de mes enfants. J’étais interpellée par la douceur qui se dégageait d’elles. Je dois admettre que je ne connaissais la religion de ces femmes qu’à travers des préjugés que je nourrissais parfois.

Préjugés abolis dès mes premières rencontres avec elles, qui par la bonté de leur comportement et leurs conseils, m’ont donné envie d’approfondir ce côté spirituel. A mesure que je voyais ces femmes, la clarté de la voie qu’elles suivaient m’apparaissait.

Le second élément ayant déterminé le choix de ma conversion, fut la découverte de certaines sourates, notamment «Ad-Duha», sourate particulière dont les versets reflètent parfaitement mon passé d’orpheline et ma croyance en Dieu.

L’Islam s’inscrivait peu à peu dans mon quotidien. A ce moment là, mes proches commençaient à s’inquiéter, mais ont été très heureux de voir que j’étais restée la même, que je vivais ma voie pour moi, non imposée par quiconque. Le choix de porter le voile ne s’est fait que récemment, suite à une profonde réflexion. Il était important pour moi de le mettre au moment où je serai prête psychologiquement, prête à le porter par amour, non par contrainte.

Voilà ce que m’apporte désormais l’Islam, une totale confiance en Dieu, un apaisement quant au futur et l’exhortation au bon comportement. Je suis sereine aujourd’hui et fièrement attachée à cette religion qui me guide.


 

Anaïs, 27 ans, doctorante en histoire, Vaucluse. Lors de mon c

ANAIS, 27 ans, doctorante en histoire, Vaucluse.

Lors de mon cursus universitaire aux États-Unis, j’étudiais les sciences politiques du Moyen Orient mais également les religions comparées entre la Bible et le Coran.

Le côté spirituel et logique m’a attiré, tout comme la beauté textuelle du Coran. Bien que je n’en comprenais pas encore le sens, les certaines Sourates que je lisais et relisais me touchaient profondément. Leurs sonorités m’apaisaient.

Afin d’approfondir mes études, je décidais de partir en Syrie et d’apprendre l’arabe. Parallèlement, je découvrais de plus en plus l’Islam.

Deux questions m’avaient toujours angoissée: quel est l’intérêt de vivre si, après la mort, seul le néant demeure? Et quel est le sens de la justice, si la loi du plus fort prône dans notre monde ?

Cette notion de justice est très importante pour moi et quand j’ai découvert le concept de Justice Divine, cela m’a rassuré. Six mois après mon arrivée en Syrie, je me convertissais, à l’âge de 20 ans. Beaucoup de choses m’avaient affectée, notamment l’’importance de la causalité jusque dans le moindre de nos actes. Sans compter le cœur, ce combat contre l’ego, qui est au centre de l’Islam. Je ne trouvais pas ces côtés pratiques dans le Christianisme. L’Islam répond parfaitement à la question du comment. Comment agir, se comporter envers soi-même et envers autrui, musulman comme non-musulman. J’ai également découvert la merveilleuse place de la femme dans cette religion. J’apprécie l’idée de séparation claire entre le privé et le public. D’un côté mon mari, mes proches et de l’autre le reste du monde. Cela donne à la famille un côté « spécial ».

De nos jours le physique détermine trop de choses et je trouve cela plus juste de ne pas mettre le corps en avant, comme la chose la plus importante chez une femme.

Le choix du voile est venu progressivement. Au début je ne le mettais que pour prier, et puis je me sentais tellement bien avec que j’ai décidé progressivement de le garder. Maintenant il est plus facile de faire valoir ma place au travail ou dans la société en tant que femme. On n’attend pas de moi que je sois jolie, on me juge uniquement pour ce que j’ai dans la tête, ce qui place la barre beaucoup plus haut. Je retrouve une confiance en moi et une dignité qui me faisaient défaut.

Dignité également face aux autres, basée sur les actions et le comportement. Des valeurs sur lesquels nous avons un contrôle, contrairement à l’apparence qui nous échappe devant les regards et préjugés des autres.

Je trouve cette religion très égalitaire. Ce qui est primordial dans la question de la pudeur, valable pour les femmes mais aussi pour les hommes, c’est la mise en avant de l’individu. Une façon de vivre nos rapports aux autres de manière plus saine. Nos corps ne sont pas des objets. Lorsqu’il y a une compréhension correcte des textes, on s’aperçoit que l’Islam est une lumière dans la quête du respect des femmes en tant qu’être humains.


 

Manon, 30 ans, auto-entrepeneuse, Ariège. Mon cheminement vers

MANON, 30 ans, auto-entrepreneuse, Ariège.

Mon cheminement vers l’Islam s’est fait progressivement. Déjà au lycée je me posais beaucoup de questions, la religion musulmane m’intriguait. Cette attirance s’est renforcée quand je suis rentrée à l’université. Je sentais un appel intérieur que je ne pouvais expliquer. Après avoir rencontré des musulmanes avec qui j’ai beaucoup discuté et au bout de plusieurs lectures, je me convertis à l’âge de 22 ans. Dans l’Islam j’ai trouvé une religion raisonnée, un dogme clair qui me parle. J’ai tout de suite apprécié le fait que les Hommes y sont considérés comme tous égaux, qu’il n’y a pas de hiérarchie, ni d’intermédiaire entre Dieu et l’Homme. J’y ai vu beaucoup d’amour et l’humilité.

Savoir également que si un malheur m’atteint, ce n’est pas parce que je l’ai mérité, mais parce que cela m’était destiné et que cela fait partie des épreuves de ma vie, que je dois surmonter. Cette religion m’enseigne beaucoup de sagesse et me procure une philosophie de vie qui m’empêche de m’apitoyer sur mon sort, qui m’oblige à me questionner sur les finalités de chaque chose, sur mes intentions… Tout cela donne un sens à ma vie, celui de la mener de la meilleure façon qui soit, avec éthique. Non pas qu’auparavant, je n’avais pas de conscience ni de valeurs, car bien sûr j’en avais, mais aujourd’hui, disons que l’Islam est venu parfaire tout cela.

Ma mère m’a toujours sensibilisé à la spiritualité et a plutôt bien accueilli ma conversion. Pour mon père et le reste de ma famille il a fallu plus de temps mais aujourd’hui ils l’acceptent mieux car ils voient que je reste la même, juste avec des convictions en plus et apaisée. J’ai décidé de me voiler avant de me marier il y a quelques années. Ce n’est pas un signe de soumission à l’homme, au contraire c’est une libération et un choix. Je me voile quand je rencontre les gens qui ne font pas partie de ma sphère privée. Je ne voulais plus qu’on me reconnaisse par mon paraître, mon «charme», mais pour ce que je suis et ce que j’ai dans la tête. La société dans laquelle nous vivons juge beaucoup sur les apparences et je voulais me soustraire à ce fonctionnement là de reconnaissance. Je me suis également débarrassée de pas mal de superflus et me sens beaucoup mieux ainsi.

Je suis musulmane, voilée mais me considère comme une féministe dans le sens où je milite pour que les femmes bénéficient de la place et des droits qui leurs sont dus et accordés par l’Islam. Le culturel prédomine parfois sur le cultuel et certains musulmans pratiquent l’Islam de manière exagérée, voire infondée. Ce phénomène fait parfois naitre la peur chez les non-musulmans. Les gens qui ont peur de cette religion doivent essayer de mieux la comprendre, car la peur parasite la vie en société, et va à l’encontre de l’unification des peuples. Réfléchissons tous à ce qui nous rassemble au lieu de ce qui nous sépare.


 

Nina, 22 ans, mère au foyer, Aveyron. Déjà très jeune je me

NINA, 22 ans, mère au foyer, Aveyron.

Déjà très jeune je me posais des questions sur la vie et la mort. Ma mère me disait qu’après la mort il n’y avait rien et cette réponse m’angoissait. Curieuse, je commence alors une recherche spirituelle. Mon premier contact avec l’Islam est la lecture d’un livre sur la vie du Prophète. Je suis dans un premier temps touchée par ses qualités en tant qu’homme et son comportement envers les autres et les femmes. Puis, c’est le message spirituel qui a retenu mon attention. Cette lecture m’a donné envie de m’intéresser à l’Islam et à la notion de Dieu. Enfin je trouvais des réponses à mes questions. La découverte de l’Islam a apaisé mon cœur et lui a redonné le sourire. A 15 ans je me convertie et je me sens bien. Ma famille n’ a pas très bien vécu cette décision. En particulier ma mère, athée et plutôt féministe, elle rejetait les religions et surtout l’Islam. Nos relations étaient si conflictuelles que je vivais ma religion cachée. Habitant dans un petit village, mon père à également eu peur pour la réputation de son commerce. On ne se reparle toujours pas. Je patiente et me dis qu’avec le temps il verra bien que je suis plus heureuse qu’avant.

Quelques années plus tard, je rencontre mon mari, converti lui aussi et ensemble nous avons eu 2 enfants. Il y a un an j’ai décidé de porter le voile et je me sens encore plus épanouie. Je me sens plus libre car je contrôle mon image. Vouloir garder ma beauté pour l’homme que j ‘aime ne veut pas dire que je suis soumise à lui. J’ai ma place, mon mot à dire et je suis autant un pilier dans la famille que lui. Je peux comprendre l’appréhension des gens car on ne montre qu’une mauvaise image de l’Islam. C’est vrai qu’il existe des femmes musulmanes bafouées et contraintes de mettre le voile. Mais c’est une minorité. Pour beaucoup, comme moi, c’est un choix raisonné et personnel.

La plupart des gens de ma famille ont bien vu après ces 7 années, l’aspect positif que l’Islam a amené dans ma vie. Je n’ai plus de colère, mon comportement et mon bien être parlent d’eux mêmes. Après un grave AVC qui lui a laissé beaucoup de séquelles, ma mère a pris conscience de la fragilité de la vie. Elle a mieux compris ma soif de spiritualité et a mieux accepté mon choix. Notre relation a évolué. Aujourd’hui elle me trouve belle avec le voile et elle est fière de moi, musulmane.


 

Ella, 20 ans, vendeuse, Paris. Je me suis convertie il y a deux

ELLA, 20 ans, vendeuse, Paris.

Je me suis convertie il y a deux ans à la suite d’une rencontre qui m’a bouleversé. Ma famille, très ouverte d’esprit l’a très bien accepté. Ayant grandi dans la Chrétienté, j’ai d’abord voulu m’intéresser aux fondements de cette religion mais l’Islam m’a apporté des réponses qui me convenaient mieux. J’ai tout de suite été interpellée par la place de la femme dans cette croyance. Loin de ce qui est présenté habituellement, je découvrais au contraire, un statut noble, élevé et très beau. L’Islam nous pousse à nous respecter et à prendre conscience de notre propre valeur.

Le choix de porter le voile est rapidement apparu comme une évidence quant à ma pratique religieuse. Ma famille n’étant pas musulmane et étant moi-même célibataire, ce fut par conséquent un choix personnel. Derrière ce voile, je demeure une femme coquette, qui aime prendre soin d’elle, comme chacune d’entre nous. La seule différence est que je partage cette féminité qu’avec un cercle restreint de mes proches. Je me sens tellement mieux car je suis maître de mon corps et de ma sexualité. Je dois pouvoir être libre de faire ce choix, au même titre qu’une femme est libre de porter une mini jupe, d’avoir les cheveux bleus ou d’arborer fièrement divers piercings. Certains nous pensent encore soumises, alors que beaucoup de femmes « libérées » sont paradoxalement martelées par les diktats de la mode, imposés par la société. L’idéal de beauté féminin d’une telle société devient un but, alors qu’il devrait rester un mythe. La féminité est un des reflets de l’être humain; elle doit donc être diverse et variée. Bien sur j’accepte d’être vue comme soumise, mais à personne d’autre que Dieu.

Il est important de se positionner non pas comme pros ou anti voile, mais pour la liberté de choisir la façon dont nous souhaitons nous approprier notre corps. Le féminisme n’est donc pas de faire correspondre à un certain idéal, mais plutôt défendre l’idée que la femme puisse librement gérer son image. En définitive, j’ai enfin trouvé mon épanouissement à travers la foi. Une foi tout à fait compatible avec une vie active. Actuellement en fin d’études, j’aspire tout de même à pouvoir m’installer en auto-entrepreneur dans les années à venir, en tant que citoyenne musulmane.

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