LA CUBA DE HOY – Elisabetta Vernier

LA CUBA DE HOY – Elisabetta Vernier

 

A Cuba on respire un air bizarre.

Aujourd’hui, au delà de l’odeur du gaz habanero persistant, et au delà de l’ « asphyxie » du pays, dans la plus grande île des caraïbes quelque chose est différent.

Même si la passivité, la lassitude et la lenteur qui caractérisent le pays (dues à 56 ans de bâillon et de dictature, et pas du tout à la chaleur tropicale) sont des cicatrices indélébiles, difficiles à éliminer tout d’un coup, tout n’est pas que passé, tout n’est pas définitif et immobile hasta siempre.

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Même si Raul, el hermano de Fidel, est un peu mieux que ce que la population pensait avant sa prise de pouvoir, ce sont encore les interdictions qui rythment une grande partie de la vie de tous les jours : ne pas pouvoir dire que l’article du journal d’aujourd’hui es una mentira1 (il existe seulement deux journaux officiels, contrôlés par l’État, le Granma et Juventud Rebelde), ne pas pouvoir aller trouver un ami ou quelqu’un de sa famille dans un autre endroit du monde (interdiction de quitter le sol cubain librement, de prendre le bateau même pour aller dans les îles appartenant à Cuba), ne pas pouvoir manger du poisson (ni le pêcher librement ou le vendre – même si il est proposé dans les menu touristiques), ne pas pouvoir avoir d’initiatives personnelles dans le milieu professionnel, ne pas avoir un total et libre accès à internet.

Même si la peur est toujours présente suite aux arrestations politiques qui ne cessent pas à l’heure actuelle, certains racontent la réalité caché du pays.

(4 journalistes indépendants ont été arrêtés début Novembre 2015). Les idéologies personnelles s’expriment seulement dans la sphère privé. Même si tout ça persiste, aujourd’hui quelque chose est différent à Cuba.

Un vent vif est palpable. Un vent qui, bien qu’il soit caché, a hâte de pouvoir souffler et hurler YA ESTÀ2! Toujours est-il que beaucoup préféreraient vivre sous “la propagande commerciale présente dans vos pays” (comme l’a définit un cubain rencontré dans l’île), plutôt que sous la propagande politique communiste que tous les cubains ont connus. Le peuple cubain a envie de gagner sa vie, envie de voir son pays évoluer, envie de pouvoir rendre visite à un parent à Miami ou à Londres, envie de pouvoir boire un jus de fruit sans penser qu’il vient de dépenser 1/20ème de son salaire, envie de pouvoir vivre dignement. Pour après peut être pouvoir aussi commencer à rêver, au détriment des idéaux inculqués. Les cubains veulent être comme tous les autres, ressembler à tout l reste du monde. Cela est bien visible sur les visages des jeunes générations qui se connectent à internet chaque jour dans le parc central de toutes les villes. Et, comme on le voit aussi sur les visages de leurs parents, qui n’auraient jamais crus faire la révolution virtuelle avec leurs enfants.

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Mais cette envie de conformité fera évoluer les cubains ou elle les anéantira dans la monochromie globale?

Où reposent alors les espoirs des cubains? Dans « l’après Castro » en 2018 ? Dans les retombés économiques de la normalisation des rapports avec les États Unis, les anciens ennemis de toujours ? Dans le regain religieux, illustré par la venue du Pape François? Ou alors dans son multiculturalisme exemplaire, où les origines européennes, africaines et nord-américaines coexistent et forment l’identité cubaine ? Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui on respire un air nouveau à Cuba.

1 C'est un mensonge
2 Ça suffit!

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